Rapport annuel de l'ASN 2009

366 Des moyens inadaptés peuvent conduire à des situations à risque: par exemple, outillage inadéquat, locaux exigus ou mal éclairés, formation ou entraînement insuffisant, mauvaise conception des interfaces hommes-machines, manque de pièces de rechange, collectifs professionnels (équipe de conduite, de maintenance) déstabilisés par des évolutions d’organisation, effectifs insuffisants ou manque de temps alloué pour accomplir les tâches. Ainsi, une situation d’exploitation où la performance est bonne, mais où elle a été obtenue au prix d’un coût humain très élevé pour les opérateurs, est un gisement de risques: une petite variation du contexte ou un changement d’opérateur peut suffire pour que la performance ne soit plus atteinte. Le contrôle de l’ASN L’ASN attend de l’exploitant qu’il définisse une politique explicite de prise en compte et de développement des FOH, qu’il se donne les moyens et ressources adaptés pour agir efficacement et qu’il mette en œuvre des actions selon des approches et des méthodologies appropriées, actions pilotées et suivies dans une perspective d’amélioration continue. Le contrôle de l’ASN en matière de FOH s’appuie en particulier sur les inspections réalisées dans les centrales nucléaires. Elles sont l’occasion d’examiner la politique et l’organisation de l’exploitant en matière de FOH, les moyens et ressources engagés notamment en terme de compétences spécifiques, les actions entreprises pour améliorer l’intégration des FOH dans ses activités d’exploitation et d’en apprécier la mise en pratique et les résultats sur le terrain. L’ASN s’appuie également sur les évaluations faites à sa demande par l’IRSN et le groupe permanent d’experts pour les réacteurs nucléaires (GPR). L’intégration des FOH dans les activités d’ingénierie L’ASN considère que l’exploitant doit mettre en œuvre de façon systématique une démarche d’intégration des facteurs organisationnels et humains dans les activités d’ingénierie lors de la conception d’une nouvelle installation ou de la modification d’une installation existante. En 2009, l’ASN a poursuivi, avec l’appui de l’IRSN, l’examen de la mise en œuvre de cette démarche par EDF pour la conception du réacteur EPR de Flamanville: – les principes de l’organisation proposée par EDF pour l’équipe de conduite du nouveau réacteur ont été jugées acceptables par l’ASN; – le programme d’évaluation ergonomique des moyens de conduite de l’EPR prévu par EDF lors des essais sur simulateur jusqu’en 2010 est jugé satisfaisant. Toutefois, l’ASN a rappelé que les essais prévus et nécessaires à la validation des moyens organisationnels, humains et techniques de conduite doivent être réalisés, les enseignements tirés et les ajustements de conception réalisés avant la mise en service de l’installation. En particulier, les essais devront permettre à l’ASN et son appui technique de se prononcer sur les éléments fondamentaux et incontournables de la démonstration de sûreté; – l’ASN considère comme satisfaisante la démarche d’EDF pour intégrer les facteurs humains dans le processus de conception des locaux et équipements qui, lors de l’exploitation, feront l’objet d’interventions sur place. Enfin, l’ASN a sollicité pour fin 2010 l’avis du GPR sur les principes d’organisation et les moyens humains et techniques prévus par EDF pour la conduite du réacteur Flamanville 3 en vue de se prononcer sur l’acceptabilité, du point de vue des facteurs organisationnels et humains, de ces moyens. Pour ce qui concerne les modifications des installations existantes, EDF a présenté à l’ASN au début de l’année 2009 l’état d’avancement du déploiement de la démarche d’analyses socio-organisationnelles et humaines (SOH) au niveau national. L’ASN a vérifié lors d’une inspection au CIPN en 2009 la mise en pratique de cette démarche dans plusieurs dossiers de modification. L’organisation mise en place au CIPN est satisfaisante mais les actions de formation des agents en charge de dossiers de modification concernés par des aspects relevant des FOH doivent être renforcées. L’ASN a demandé à l’IRSN son avis sur la pertinence de la démarche SOH d’EDF et sur l’efficacité du déploiement de cette démarche dans les différentes unités d’ingénierie concernées et dans les centrales nucléaires. La prise en compte des FOH dans les centrales en exploitation La déclinaison dans les centrales nucléaires des prescriptions nationales reste inégale. L’ASN a encore relevé au cours de ses actions de contrôle dans les centrales nucléaires des notes d’organisation ou des plans d’actions qui n’étaient pas à jour, des consultants facteurs humains (FH) sans lettre de mission, des centrales ne disposant toujours pas d’un réseau local de correspondants FH dans les services métiers, des réseaux pour lesquels les compétences requises pour être correspondant FH ne sont pas formalisées. Dans certaines centrales, les consultants pris par le déploiement des projets nationaux et l’analyse du retour d’expérience ne disposent pas du temps suffisant pour répondre aux besoins propres au site. L’ASN a constaté que les outils destinés à fiabiliser les interventions dans le cadre du projet national «performance humaine» sont généralement connus des agents, mais que leur mise en pratique est encore hétérogène, voire dépourvue de conviction. Des agents ne se sentent pas concernés, notamment parmi les agents ayant de l’ancienneté dans le métier. L’outil majoritairement utilisé et peu remis en cause est le «pré-job briefing». Les efforts engagés par les sites pour mettre en pratique ces outils

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