45 CHAPITRE ACTIVITÉS NUCLÉAIRES, RAYONNEMENTS IONISANTS ET RISQUES POUR LA SANTÉ 1 té éventuelle d’un travailleur susceptible d’être exposé aux rayonnements ionisants? La réglementation générale devra-t-elle prévoir une protection particulière pour les personnes concernées par une hypersensibilité aux rayonnements ionisants? Effets des faibles doses • La relation linéaire sans seuil – L’hypothèse de cette relation, retenue pour modéliser l’effet des faibles doses sur la santé (voir point 1⏐2), aussi pratique soit-elle sur un plan réglementaire, aussi prudente soit-elle sur un plan sanitaire, n’a pas toute l’assise voulue sur un plan scientifique: certains estiment que les effets des faibles doses pourraient être supérieurs, d’autres pensent que ces doses pourraient n’avoir aucun effet en deçà d’un certain seuil, certains imaginent même que des faibles doses pourraient avoir un effet bénéfique! La recherche en biologie moléculaire et cellulaire permet de progresser, les études épidémiologiques menées sur des cohortes importantes aussi. Mais, face à la complexité des phénomènes de réparation et de mutation de l’ADN, face aux limites des méthodes utilisées par l’épidémiologie, les incertitudes demeurent et la précaution s’impose pour les pouvoirs publics. •La dose, le débit de dose et la contamination chronique – Les études épidémiologiques réalisées sur les personnes exposées aux bombardements d’Hiroshima et de Nagasaki ont permis de mieux connaître les effets des rayonnements sur la santé, pour des expositions externes à forte dose et fort débit de dose. Les études entamées dans les pays les plus touchés par l’accident de Tchernobyl, la Biélorussie, l’Ukraine et la Russie, pourraient, elles aussi, faire avancer la connaissance sur l’effet des rayonnements sur la santé pour des expositions internes à plus faible dose et plus faible débit de dose, ainsi que sur les conséquences d’une exposition chronique aux rayonnements ionisants (par exposition externe et par contamination par la voie alimentaire), du fait de l’état de contamination durable de l’environnement. •Les effets héréditaires – La survenue d’éventuels effets héréditaires des rayonnements ionisants chez l’homme reste incertaine. De tels effets n’ont pas été observés chez les survivants des bombardements d’Hiroshima et de Nagasaki. Cependant, les effets héréditaires ont été bien documentés dans des travaux expérimentaux chez l’animal: les mutations induites par les rayonnements ionisants dans les cellules germinales sont transmissibles à la descendance. La mutation récessive d’un allèle restera invisible tant que l’allèle porté par l’autre chromosome ne sera pas atteint; si elle n’est pas nulle, la probabilité de ce type d’événement reste cependant faible. •Le risque acceptable – La radioprotection ne prétend pas réduire à zéro les risques liés aux effets des rayonnements ionisants mais les limiter au-dessous d’un niveau jugé acceptable. Le choix de ce niveau ne résulte pas que de considérations techniques mais comporte aussi une part importante de subjectivité: chacun est en droit d’avoir sa propre vision du niveau de risque acceptable, et ce niveau peut même être différent selon que l’on considère les finalités industrielles ou médicales des rayonnements ionisants ou leur origine naturelle ou artificielle. Les pouvoirs publics doivent tenir compte de la perception sociale du risque au moment de définir une politique de santé publique; mais jusqu’à quel point peuvent-ils faire la différence entre une dose reçue par un travailleur du nucléaire, par un patient bénéficiant d’une radiographie ou par une personne subissant dans sa maison les émissions de radon d’un sol granitique? Environnement •Protection des espèces non humaines – La radioprotection a pour but d’empêcher ou de réduire les effets nocifs des rayonnements ionisants sur les personnes, directement ou indirectement, y compris par les atteintes portées à l’environnement: la protection des personnes passe par la protection de l’environnement, comme l’illustrent les études d’impact déposées dans le cadre des enquêtes publiques pour les autorisations de rejets des INB. Mais, au-delà de cette protection de l’environnement tournée vers la protection de l’homme, des générations présentes ou futures, on peut aussi envisager une protection de la nature, au nom de l’intérêt propre des espèces animales ou des droits de la nature. Sur ce sujet plus encore que sur ceux évoqués plus haut, la définition d’un niveau acceptable sera délicate. L’ASN suivra donc attentivement les travaux engagés par la CIPR sur ce sujet, dont les résultats pourraient avoir des conséquences importantes dans le domaine réglementaire.
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