Rapport annuel de l'ASN 2006

On peut citer, en particulier, sept exemples de zones d’incertitudes: • La relation linéaire sans seuil – L’hypothèse de cette relation, retenue pour modéliser l’effet des faibles doses sur la santé (voir point 12), aussi pratique soit-elle sur un plan réglementaire, aussi prudente soit-elle sur un plan sanitaire, n’a pas toute l’assise voulue sur un plan scientifique: certains estiment que les effets des faibles doses pourraient être supérieurs, d’autres pensent que ces doses pourraient n’avoir aucun effet en deçà d’un certain seuil, certains imaginent même que des faibles doses pourraient avoir un effet bénéfique! La recherche en biologie moléculaire et cellulaire permet de progresser, les études épidémiologiques menées sur des cohortes importantes aussi. Mais, face à la complexité des phénomènes de réparation et de mutation de l’ADN, face aux limites des méthodes utilisées par l’épidémiologie, les incertitudes demeurent et la précaution s’impose pour les pouvoirs publics. • Le risque acceptable – La radioprotection ne prétend pas réduire à zéro les risques liés aux effets des rayonnements ionisants mais les limiter au-dessous d’un niveau jugé acceptable. Le choix de ce niveau ne résulte pas que de considérations techniques mais comporte aussi une part importante de subjectivité: chacun est en droit d’avoir sa propre vision du niveau de risque acceptable, et ce niveau peut même être différent selon que l’on considère les finalités industrielles ou médicales des rayonnements ionisants ou leur origine naturelle ou artificielle. Les pouvoirs publics doivent tenir compte de la perception sociale du risque au moment de définir une politique de santé publique; mais jusqu’à quel point peuvent-ils faire la différence entre une dose reçue par un travailleur du nucléaire, par un patient bénéficiant d’une radiographie ou par une personne subissant dans sa maison les émissions de radon d’un sol granitique? • L’hypersensibilité aux rayonnements ionisants – Les effets des rayonnements ionisants sur la santé des personnes varient d’un individu à l’autre. On sait par exemple, depuis longtemps, que la même dose n’a pas le même effet selon qu’elle est reçue par un enfant en période de croissance ou par un adulte; cela a été pris en compte dans la réglementation. Mais, en plus de ces disparités bien connues, certains individus pourraient présenter une hypersensibilité aux rayonnements du fait de déficiences dans les mécanismes de réparation cellulaire commandés par la machinerie génétique: c’est ce que laissent penser, en tout cas, les observations faites à la fois in vivo par des radiothérapeutes et in vitro par des biologistes. Dès lors peuvent se poser des questions éthiques délicates, qui dépassent le cadre de la radioprotection: doit-on par exemple rechercher l’hypersensibilité éventuelle d’un travailleur susceptible d’être exposé aux rayonnements ionisants? La réglementation générale devra-t-elle prévoir une protection particulière pour les personnes concernées par une hypersensibilité aux rayonnements ionisants? • Le traitement des lésions graves dues à une surexposition aux rayonnements ionisants – Le traitement des lésions graves de surexposition est très difficile et décevant car ces lésions sont durables et évolutives dans le temps. L’année 2006 a été marquée par deux réussites exceptionnelles concernant deux personnes victimes d’un accident d’irradiation externe par une source de gammagraphie industrielle d’une part et par une source d’ionisation d’autre part. Les nouveautés thérapeutiques mises au point par l’IRSN et l’Hôpital d’instruction des armées Percy (HIA) (Clamart) consistent en l’utilisation de cytokines spécifiques permettant la stimulation de lignées cellulaires ciblées, et de cellules souches mésenchymateuses autologues cultivées in vitro et greffées pour permettre le renouvellement de tissus lésés. Ces traitements novateurs doivent faire l’objet en 2007 d’un protocole de recherche clinique, piloté par l’hôpital Saint Antoine (Paris) pour le traitement des lésions graves en radiothérapie observées chez les patients impliqués dans l’accident d’Épinal. Les résultats obtenus en 2006 posent clairement la question de la veille scientifique dans le domaine du traitement des effets secondaires des irradiations, y compris non accidentelles, en particulier en radiothérapie où leur fréquence est de l’ordre de 5% (sans doute due en partie à une radiosensibilité individuelle élevée des patients). • Les effets héréditaires – La survenue d’éventuels effets héréditaires des rayonnements ionisants chez l’homme reste incertaine. De tels effets n’ont pas été observés chez les survivants des bombardements d’Hiroshima et de Nagasaki. Cependant, les effets héréditaires ont été bien documentés dans des travaux expérimentaux chez l’animal: les mutations induites par les rayonnements ionisants dans les cellules germinales sont transmissibles à la descendance. La mutation récessive d’un allèle 7 CHAPITRE ACTIVITÉS NUCLÉAIRES, RAYONNEMENTS IONISANTS ET RISQUES POUR LA SANTÉ 1

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