47 CHAPITRE LES ACTIVITÉS NUCLÉAIRES: RAYONNEMENTS IONISANTS ET RISQUES POUR LA SANTÉ ET L’ENVIRONNEMENT 1 risques mais pas d’atteindre le risque zéro ni l’impact zéro, qu’il s’agisse des doses reçues par les travailleurs des domaines médical ou industriel, ou de celles associées aux rejets des INB. De nombreuses incertitudes et inconnues persistent; elles conduisent l’ASN à rester attentive aux résultats des travaux scientifiques en cours, en radiobiologie et en radiopathologie par exemple, avec des retombées possibles en radioprotection, notamment en ce qui concerne la gestion des risques à faible dose. On peut citer, en particulier, plusieurs exemples de zones d’incertitudes, concernant les radiopathologies à forte dose, les effets des faibles doses et la protection de l’environnement. Radiopatologies à forte dose • L’hypersensibilité aux rayonnements ionisants – Les effets des rayonnements ionisants sur la santé des personnes varient d’un individu à l’autre. On sait par exemple, depuis que cela a été énoncé pour la première fois par Bergonié et Tribondeau en 1906, que la même dose n’a pas le même effet selon qu’elle est reçue par un enfant en période de croissance ou par un adulte. Une hypersensibilité individuelle aux fortes doses de rayonnements ionisants a été bien documentée par les radiothérapeutes et les radiobiologistes. C’est le cas pour des anomalies génétiques de la réparation de l’ADN et de la signalisation cellulaire (par exemple, l’ataxie télangiectasie): les patients homozygotes de ces mutations présentent une hypersensibilité extrême qui conduit à des «brûlures radiologiques» tandis que les porteurs hétérozygotes ont une hypersensibilité moins importante. Enfin, des patients sont plus sensibles pour développer des cancers. Au total, environ 5% de la population est concerné par une hypersensibilité aux rayonnement ionisants. Dès lors se posent des questions délicates dont certaines dépassent le cadre de la radioprotection et ont un caractère éthique: –les enfants doivent faire l’objet d’une attention particulière en matière de radioprotection lors d’expositions aux rayonnements ionisants d’origine médicale; –dès lors que les radiobiologistes ont développé des tests de mise en évidence de l’hyper-radiosensibilité individuelle, le dépistage individuel avant toute radiothérapie doit-il être prôné? –doit-on rechercher l’hypersensibilité éventuelle d’un travailleur susceptible d’être exposé aux rayonnements ionisants ? –la réglementation générale devra-t-elle prévoir une protection particulière pour les personnes concernées par une hypersensibilité aux rayonnements ionisants? Effets des faibles doses • La relation linéaire sans seuil – L’hypothèse de cette relation, retenue pour modéliser l’effet des faibles doses sur la santé (voir point 1⏐2), aussi pratique soit-elle sur un plan réglementaire, aussi prudente soit-elle sur un plan sanitaire, n’a pas toute l’assise voulue sur un plan scientifique: certains estiment que les effets des faibles doses pourraient être supérieurs, d’autres pensent que ces doses pourraient n’avoir aucun effet en deçà d’un certain seuil, certains imaginent même que des faibles doses pourraient avoir un effet bénéfique! La recherche en biologie moléculaire et cellulaire permet de progresser, les études épidémiologiques menées sur des cohortes importantes aussi. Mais face à la complexité des phénomènes de réparation et de mutation de l’ADN, face aux limites des méthodes utilisées par l’épidémiologie, les incertitudes demeurent et la précaution s’impose pour les pouvoirs publics. • La dose, le débit de dose et la contamination chronique – Les études épidémiologiques réalisées sur les personnes exposées aux bombardements d’Hiroshima et de Nagasaki ont permis de mieux connaître les effets des rayonnements sur la santé, pour des expositions externes à forte dose et fort débit de dose. Les études entamées dans les pays les plus touchés par l’accident de Tchernobyl, la Biélorussie, l’Ukraine et la Russie, pourraient, elles aussi, faire avancer la connaissance sur l’effet des rayonnements sur la santé pour des expositions internes à plus faible dose et plus faible débit de dose, ainsi que sur les conséquences d’une exposition chronique aux rayonnements ionisants (par exposition externe et par contamination par la voie alimentaire), du fait de l’état de contamination durable de l’environnement. • Les effets héréditaires – La survenue d’éventuels effets héréditaires des rayonnements ionisants chez l’homme Conférence internationale sur la radiothérapie organisée par l’ASN à Versailles – Décembre 2009
RkJQdWJsaXNoZXIy NjQ0NzU=