Rapport annuel de l'ASN 2008

45 CHAPITRE LES ACTIVITÉS NUCLÉAIRES: RAYONNEMENTS IONISANTS ET RISQUES POUR LA SANTÉ 1 exceptionnelles concernant deux personnes victimes d’un accident d’irradiation externe, l’une par une source de gammagraphie industrielle et l’autre par une source d’ionisation. Les nouveautés thérapeutiques mises au point par l’IRSN et l’Hôpital d’instruction des armées Percy (HIA, Clamart) consistent en l’utilisation de cytokines spécifiques permettant la stimulation de lignées cellulaires ciblées et de cellules souches mésenchymateuses autologues cultivées in vitro et greffées pour permettre le renouvellement de tissus lésés. Ces traitements novateurs ont fait l’objet en 2007 d’un protocole de recherche clinique, piloté par l’hôpital Saint Antoine (Paris) pour le traitement des lésions graves en radiothérapie observées chez les patients impliqués dans l’accident d’Épinal. Les événements en radiothérapie déclarés à l’ASN en 2007 posent clairement la question de la veille scientifique dans le domaine du traitement des effets secondaires des irradiations, y compris non accidentelles, en particulier en radiothérapie où leur fréquence est de l’ordre de 5% (sans doute dues en partie à une radiosensibilité individuelle élevée des patients). • L’hypersensibilité aux rayonnements ionisants – Les effets des rayonnements ionisants sur la santé des personnes varient d’un individu à l’autre. On sait par exemple, depuis longtemps, que la même dose n’a pas le même effet selon qu’elle est reçue par un enfant en période de croissance ou par un adulte; cela a été pris en compte dans la réglementation. Mais, en plus de ces disparités bien connues, certains individus pourraient présenter une hypersensibilité aux rayonnements du fait de déficiences dans les mécanismes de réparation cellulaire commandés par la machinerie génétique: c’est ce que laissent penser, en tout cas, les observations faites à la fois in vivo par des radiothérapeutes et in vitro par des biologistes. Dès lors peuvent se poser des questions éthiques délicates, qui dépassent le cadre de la radioprotection: doit-on par exemple rechercher l’hypersensibilité éventuelle d’un travailleur susceptible d’être exposé aux rayonnements ionisants? La réglementation générale devra-t-elle prévoir une protection particulière pour les personnes concernées par une hypersensibilité aux rayonnements ionisants? Effets des faibles doses • La relation linéaire sans seuil – L’hypothèse de cette relation, retenue pour modéliser l’effet des faibles doses sur la santé (voir point 1⏐2), aussi pratique soit-elle sur un plan réglementaire, aussi prudente soit-elle sur un plan sanitaire, n’a pas toute l’assise voulue sur un plan scientifique: certains estiment que les effets des faibles doses pourraient être supérieurs, d’autres pensent que ces doses pourraient n’avoir aucun effet en deçà d’un certain seuil, certains imaginent même que des faibles doses pourraient avoir un effet bénéfique! La recherche en biologie moléculaire et cellulaire permet de progresser, les études épidémiologiques menées sur des cohortes importantes aussi. Mais face à la complexité des phénomènes de réparation et de mutation de l’ADN, face aux limites des méthodes utilisées par l’épidémiologie, les incertitudes demeurent et la précaution s’impose pour les pouvoirs publics. • La dose, le débit de dose et la contamination chronique – Les études épidémiologiques réalisées sur les personnes exposées aux bombardements d’Hiroshima et de Nagasaki ont permis de mieux connaître les effets des rayonnements sur la santé, pour des expositions externes à forte dose et fort débit de dose. Les études entamées dans les pays les plus touchés par l’accident de Tchernobyl, la Biélorussie, l’Ukraine et la Russie, pourraient, elles aussi, faire avancer la connaissance sur l’effet des rayonnements sur la santé pour des expositions internes à plus faible dose et plus faible débit de dose, ainsi que sur les conséquences d’une exposition chronique aux rayonnements ionisants (par exposition externe et par contamination par la voie alimentaire), du fait de l’état de contamination durable de l’environnement. • Les effets héréditaires – La survenue d’éventuels effets héréditaires des rayonnements ionisants chez l’homme reste incertaine. De tels effets n’ont pas été observés chez les survivants des bombardements d’Hiroshima et de Nagasaki. Cependant, les effets héréditaires ont été bien documentés dans des travaux expérimentaux chez l’animal: les mutations induites par les rayonnements ionisants dans les cellules germinales sont transmissibles à la descendance. La mutation récessive d’un allèle restera invisible tant que l’allèle porté par l’autre chromosome ne sera pas atteint; si elle n’est pas nulle, la probabilité de ce type d’événement reste cependant faible. Environnement • Protection des espèces non humaines – La radioprotection a pour but d’empêcher ou de réduire les effets nocifs des rayonnements ionisants sur les personnes, directement ou indirectement, y compris lors des atteintes portées à l’environnement: la protection des personnes passe par la protection de l’environnement, comme l’illustrent les études d’impact déposées dans le cadre des enquêtes publiques pour les autorisations de rejets des INB. Mais, au-delà de cette protection de l’environnement tournée vers la protection de l’homme, des générations présentes ou futures, on peut aussi envisager la protection de la nature, au nom de l’intérêt propre des espèces animales ou des droits de la nature. Sur ce sujet plus encore que sur ceux évoqués plus haut, la définition d’un niveau acceptable sera délicate. L’ASN suivra donc attentivement les travaux engagés par la CIPR sur ce sujet, dont les résultats pourraient avoir des conséquences importantes dans le domaine réglementaire.

RkJQdWJsaXNoZXIy NjQ0NzU=