Rapport annuel de l'ASN 2008

334 2⎮ 3 ⎮ 2 Les principaux facteurs de vieillissement Pour appréhender le vieillissement d’une centrale nucléaire, au-delà du simple délai écoulé depuis sa mise en service, un certain nombre de facteurs doivent être mis en perspective. La durée de vie des matériels non remplaçables La conception d’un certain nombre d’éléments des réacteurs a été établie sur la base d’une durée d’exploitation prédéfinie. Ces matériels font l’objet d’une surveillance étroite permettant de s’assurer que leur vitesse de vieillissement est bien conforme à celle anticipée. C’est notamment le cas de la cuve, dimensionnée pour résister pendant au moins 40 ans (soit l’équivalent de 32 ans de fonctionnement continu à pleine puissance) aux effets de la fragilisation de l’acier de la zone du cœur due à l’irradiation neutronique. La cuve fait ainsi l’objet d’une surveillance par «échantillons témoins» de métal prélevés et expertisés à intervalles réguliers (voir point 3⏐4⏐3). Les dégradations des matériels remplaçables Le vieillissement des matériels résulte de phénomènes tels que l’usure des pièces mécaniques, le durcissement et la fissuration des polymères, la corrosion des métaux... Les matériels doivent faire l’objet d’une attention particulière lors de leur conception et de leur fabrication (en particulier le choix des matériaux), d’un programme de surveillance et de maintenance préventive et de réparations ou de remplacement en cas de besoin. Il faut également démontrer la faisabilité du remplacement éventuel. L’obsolescence des matériels ou de leurs composants Les équipements importants pour la sûreté ont fait l’objet d’une «qualification» qui leur permet d’être installés dans les centrales nucléaires. La disponibilité des pièces de rechange de ces équipements est fortement conditionnée par l’évolution du tissu industriel des fournisseurs. En effet, l’arrêt de la fabrication de certains composants ou la disparition de leur constructeur génère des difficultés d’approvisionnement en pièces d’origine pour certains systèmes. De nouvelles pièces de rechange doivent alors faire l’objet d’une justification de leur niveau de sûreté en préalable à leur montage. Cette justification vise à démontrer que l’équipement reste «qualifié» avec la nouvelle pièce de rechange. Compte tenu de la durée de cette procédure, une forte démarche d’anticipation est requise de la part des exploitants. La capacité de l’installation à suivre les évolutions des exigences de sûreté L’amélioration des connaissances et des techniques, ainsi que les évolutions du niveau d’acceptabilité du risque dans nos sociétés, sont des facteurs pouvant conduire à juger qu’une installation industrielle nécessite de lourds travaux de rénovation ou, si ceux-ci ne sont pas réalisables à un coût acceptable, une fermeture de l’installation à plus ou moins brève échéance. 2⎮ 3 ⎮ 3 La prise en compte par EDF du vieillissement des matériels Cette stratégie, de type «défense en profondeur», s’appuie sur trois lignes de défense. Prévenir le vieillissement à la conception À la conception et lors de la fabrication des composants, le choix des matériaux et les dispositions d’installation doivent être adaptés aux conditions d’exploitation prévues et tenir compte des cinétiques de dégradation connues ou supposées. Surveiller et anticiper les phénomènes de vieillissement Au cours de l’exploitation, d’autres phénomènes de dégradation que ceux prévus à la conception peuvent être mis en évidence. Les programmes de surveillance périodique et de maintenance préventive, les examens de conformité (voir point 2⏐2⏐1) ou encore l’examen du retour d’expérience (voir point 2⏐2⏐2) visent à détecter ces phénomènes. Réparer, modifier ou remplacer les matériels susceptibles d’être affectés De telles actions nécessitent d’avoir été anticipées, compte tenu notamment des délais d’approvisionnement des nouveaux composants, du temps de préparation de l’intervention, des risques d’obsolescence de certains composants et de perte de compétences techniques des intervenants. 2⎮ 3 ⎮ 4 La politique de l’ASN Sur le plan strictement réglementaire, il n’y a pas en France de limitation dans le temps à l’autorisation d’exploiter une centrale nucléaire. En contrepartie, l’article 29 de la loi TSN dispose (III) que l’exploitant procède à un réexamen de sûreté de son installation tous les dix ans. Ce réexamen, qui vise en premier lieu à faire encore progresser le niveau de sûreté de l’installation, est aussi l’occasion de réaliser un examen approfondi des effets du vieillissement sur les matériels (voir point 2⏐2⏐3). Dans le cadre de la préparation des troisièmes visites décennales des réacteurs de 900 MWe, l’ASN a demandé en 2001 à EDF de présenter, pour chacun des réacteurs concernés, un point précis de l’état du vieillissement et de lui démontrer la possibilité d’en continuer l’exploitation au-delà de trente ans dans des conditions satisfaisantes de sûreté. En réponse à cette demande, EDF a élaboré un programme de travail relatif à la gestion du vieillissement

RkJQdWJsaXNoZXIy NjQ0NzU=