Rapport annuel de l'ASN 2006

dose; les effets sont d’autant plus importants que la dose de rayonnements reçus par le tissu est ellemême importante. Les cellules peuvent aussi réparer, mais de façon imparfaite ou erronée, les lésions ainsi provoquées. Parmi les lésions qui subsistent, celles de l’ADN revêtent un caractère particulier car les anomalies résiduelles d’ordre génétique peuvent être transmises par divisions cellulaires successives à de nouvelles cellules. Une mutation génétique est encore loin d’une transformation en cellule cancéreuse, mais la lésion due aux rayonnements ionisants peut constituer une première étape vers la cancérisation. La suspicion d’un lien de causalité entre la survenue d’un cancer et une exposition aux rayonnements ionisants remonte au début du XXe siècle (observation d’un cancer de la peau sur radiodermite). Depuis, plusieurs types de cancers ont été observés en milieu professionnel, dont les leucémies, les cancers broncho-pulmonaires primitifs par inhalation de radon et les sarcomes osseux; hors du domaine professionnel, le suivi d’une cohorte d’environ 85000 personnes irradiées à Hiroshima et Nagasaki a permis de faire le point sur l’induction et la mortalité par cancer après exposition aux rayonnements ionisants. D’autres travaux épidémiologiques, en radiothérapie notamment, ont permis de mettre en évidence chez les patients traités par radiothérapie une augmentation statistiquement significative des cancers secondaires imputables aux rayonnements ionisants. Citons également l’accident de Tchernobyl qui, du fait des iodes radioactifs rejetés, a provoqué dans les régions proches du lieu de l’accident un excès de cancers de la thyroïde de l’enfant. L’apparition des effets cancérogènes n’est pas liée à un seuil de dose, et seule une probabilité d’apparition peut être énoncée pour un individu donné. C’est le cas de la survenue des cancers radioinduits. On parle alors d’effets probabilistes, stochastiques ou aléatoires. Établis au plan international, les objectifs sanitaires de la radioprotection visent à éviter l’apparition des effets déterministes, mais aussi à réduire les probabilités d’apparition de cancers radio-induits. 1 2 L’évaluation des risques liés aux rayonnements ionisants La surveillance des cancers en France est organisée autour de registres départementaux: 10 registres généraux et 9 registres spécialisés couvrant environ 15% de la population générale métropolitaine et 2 registres nationaux des cancers de l’enfant (hémopathies malignes et tumeurs solides de l’enfant), l’objectif étant, comme pour tout système de surveillance, de dégager les tendances en termes d’augmentation ou de diminution d’incidence de cette maladie au cours du temps ou encore de repérer un agrégat de cas dans une région donnée. À vocation descriptive, ce mode de surveillance ne permet pas d’identifier les cancers radio-induits, leur forme n’étant pas spécifique des rayonnements ionisants. L’investigation épidémiologique est une tâche complémentaire de la surveillance. Les enquêtes épidémiologiques ont vocation à mettre en évidence une association entre un facteur de risque et la survenue d’une maladie, entre une cause possible et un effet, ou tout au moins à permettre d’affirmer qu’une telle relation causale avec une très forte probabilité existe. On retiendra cependant la difficulté à mener ces enquêtes ou à conclure de façon convaincante lorsque le délai d’apparition de la maladie est long ou encore lorsque le nombre de cas attendus est faible, ce qui caractérise les expositions aux rayonnements ionisants inférieures à 100 mSv. Ainsi, les études épidémiologiques n’ont pu mettre en évidence des pathologies liées aux rayonnements ionisants que pour des doses de rayonnements relativement élevées, avec des débits de dose élevés (exemple: suivi des populations exposées lors des bombardements d’Hiroshima et de Nagasaki). Dans une optique de gestion du risque, il est alors fait appel à la technique de l’évaluation des risques qui, au moyen de calculs, permet, en extrapolant les risques observés aux plus fortes doses, d’estimer les risques encourus lors d’une exposition aux faibles doses de rayonnements ionisants. Pour ces esti4

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